Six thérapeutes transculturelles pour p(e)anser les plaies du trauma colonial

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Comme nous le rappelle tristement l’actualité en Guadeloupe, le passé esclavagiste et colonial de la France a encore des conséquences aujourd’hui, économiques et politiques, mais aussi dans les âmes et dans les corps.

Cette semaine, on t’emmène faire un tour du côté des thérapies transculturelles (car non, la psychologie et la psychiatrie ne sont pas universelles mais bien ancrées culturellement.), un champ d’étude et d’action en santé mentale encore peu connu, et qui pourtant pourrait nous aider, collectivement et individuellement, à penser et à panser les plaies du trauma colonial.

On parle d’approches thérapeutiques transculturelles, décoloniales ou encore d’ethnopsychiatrie. L’occasion de rappeler que n’importe qui peut aller consulter un.e psychiatre. Il s’agit juste d’un.e professionnel.le qui allie psychologie et médecine et offre une modalité (remboursée par la sécu’) de prendre soin de sa santé mentale. Et comme dirait l’autre, les 20% qui vont en thérapie y vont à cause des 80% qui n’y vont pas. A bon entendeur !

Cette semaine donc, on te présente six thérapeutes transculturelles et/ou décoloniales à suivre ou à consulter. Ces six femmes, de générations et de cultures différentes, ont toutes pour point commun d’avoir à un moment de leur vie, ressenti le besoin viscéral d’apporter une solution à cet angle mort de la santé mentale française. Elles offrent à leurs patient.e.s des espaces sécurisés qui prennent en compte leurs spécificités culturelles mais aussi l’impact des oppressions systémiques sur leurs vécus, sans jugement.

En introduction, aux origines des approches thérapeutiques transculturelles

Impossible de citer toutes les contributions majeures au champ des thérapies transculturelles, aussi nous te présentons très subjectivement deux personnalités dont la pensée est un repère toujours pertinent pour comprendre la réalité psychologique des Français.e.s transculturel.le.s post-coloniaux.ales : 

L’incontournable Frantz Fanon, psychanalyste français afro-caribéen fortement impliqué dans la lutte pour l’indépendance algérienne et enterré en Algérie, est l’un des premiers à envisager la part psychologique du processus et du système de colonisation et à décrire les séquelles et aliénations de la colonisation sur la psyché des sujets colonisés.

Alice Cherki, psychanalyste judéo-algéroise indépendantiste et disciple de Fanon est, elle, toujours vivante et sa réflexion n’a fait que suivre l’évolution des générations de déraciné.e.s, comme en témoigne son livre de 2007 La Frontière invisible, violence de l’immigration. Le trauma n’est plus vécu mais hérité des générations précédentes, souvent dans le silence, souvent par le corps.

Six praticiennes transculturelles et/ou décoloniales

1. Marie-Ève Hoffet-Gachelin, pédopsychiatre franco-vietnamienne

Elle exerce au centre médico-psycho-pédagogique de Colombes et a fait de la recherche sur la pédopsychiatrie post-coloniale en partant de sa connaissance des parcours post-coloniaux franco-vietnamiens.

2. Hagere Mogaadi, psychanalyste inclusive à Paris

Elle se présente comme décolonialiste, queer friendly, musulmane, féministe et transculturelle.

Au-delà des consultations, elle propose du contenu autour des questions identitaires et de santé mentale sur son compte instagram : @la_psy_qui_cause

3. Selma Sardouk, coach décoloniale et féministe

Selma n’est pas thérapeute mais coach formée en hypnose et en thérapies brèves, créatrice de contenu autour des questions décoloniales et féministes.

Elle vulgarise des sujets très précis en formats très synthétiques. Mais on adore les Reels de son compte Instagram @selmasardouk qui mettent le doigt sur ces micro-moments où on peut se sentir incompris.e ou en colère face au racisme ordinaire voire bienveillant, en tant que Français.e transculturel.le. Rire libérateur assuré !

4. Amalani Simon, psychologue clinicienne franco-indienne

Elle exerce à l’hôpital Avicenne de Bobigny et est fortement impliquée dans la psychanalyse transculturelle et a notamment produit des travaux de recherche autour des liens entre psychologie et langage des enfants français d’ascendance tamoule.

5. Soumaëla Boutant, psychologue interculturelle française afro-caribéenne

L’intérêt de Soumaëla pour la psychologie interculturelle naît pendant ses études, où elle sent une sorte de dissonnance “entre [son] vécu de jeune femme française et afrocaribéenne et certaines théories qui [lui] étaient enseignées à l’université”. 

Basée en Guadeloupe, Soumaëla propose des consultations de psychologie interculturelle en visio spécifiquement pour les caribéen.ne.s francophones expatrié.e.s.

6. Karima Lazali, psychologue franco-algérienne

Elle exerce à Levallois-Perret en libéral et a écrit Le trauma colonial, une enquête sur les effets psychiques et politiques contemporains de l’oppression coloniale en Algérie.

photo de couverture : Canva

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2 réponses

  1. Bonjour
    Je trouve cela très bien de s’intéresser à la psychologie transculturelle, on parle plutôt de thérapies culturellement sensibles. Maintenant, il est dommage de ne citer que des psychanalystes. En France ils ont le monopole de la psychologie transculturelle alors qu’ils ne produisent aucune recherche scientifique, en étant déconnectés des avancées dans le monde. De plus, la psychanalyse pose des problèmes éthiques par nature (ma que de scientificité, pas de preuves et occidentalo-centrée) dans l’accompagnement transculturel.

    Bonne journée

    1. Bonjour et merci beaucoup pour ce retour ! Plusieurs termes sont possibles en effet, mais non pensons que beaucoup de lectrices et lecteurs de Désoriental se reconnaîtront dans le terme « transculturel », c’est un choix éditorial subjectif et non une description scientifique.
      Dans l’article, il n’y a pas que des psychanalystes citées, et la plupart des thérapeutes citées ont produit des travaux de recherche. Plusieurs approches sont proposées dans l’article car selon les sensibilités de chacun.e, on peut vouloir se tourner plutôt vers tel ou tel type de thérapie, l’important étant que cela aide la personne à fonctionner.
      Concernant l’eurocentrisme de la psychanalyse, c’est en effet une question, mais qui n’est pas tranchée, voir les travaux de Marie-Rose Moro par exemple. Par ailleurs, la psychanalyse n’est pas un bloc unique. N’hésitez pas à proposer d’autres praticien.ne.s dont le travail mériterait d’être connu en matière de thérapies culturellement sensibles, cela peut aider notre lectorat !
      Encore merci d’avoir pris le temps de nous écrire.

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