Les Chichas de la pensée : création artistique pour changement politique

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Bienvenue dans cette nouvelle saison de pipites désorientales ! Pour commencer, une proposition culturelle aussi populaire qu’exigeante, qui se tient ce weekend et dont le nom nous titille déjà les oreilles : Les Chichas de la pensée.

Ce festival, qui s’inscrit dans la suite du podcast éponyme, présente tout ce weekend une scène culturelle encore peu visible dans les grands médias, rassemblée au sein d’un espace de partage et de création. 

Parmi les rendez-vous du weekend, il y aura des grands noms comme ceux d’Achille Mbembe, Françoise Vergès ou encore Rokhaya Diallo, et des plus petits noms tout aussi talentueux dans les domaines des arts visuels, de la littérature, de la mode ou encore du cinéma.

Désoriental a rencontré les initiateurs du festival, les journalistes / documentaristes / écrivains Badroudine Saïd Abdallah et Mehdi Meklat. 

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Badroudine Saïd Abdallah et Mehdi Meklat – crédit photo : Jean-François Robert

Infos pratiques sur le festival à la fin de l’interview. 

Bonne lecture et bon weekend !

Les Chichas de la pensée, que signifie ce nom ?

Mehdi : Le bar à chicha, c’est un lieu de rencontre, de débat, de jeu, un lieu dont notre génération s’est totalement emparée, notamment dans les lieux périphériques. Ça a en quelque sorte remplacé le bistrot du coin, là où on venait boire son verre de vin et manger un bout. 

On voulait créer un espace adressé à cette génération- là, et on voulait que ce soit un espace de pensée, d’échange, de culture et d’art.

On s ‘est dit qu’on allait créer un programme, sous plusieurs formes (du podcast au mini festival à ce grand festival aujourd’hui), pour intégrer tout ce qui nous nous traverse, nous et les gens qu’on rencontre, les artistes qu’on aime, et qui portent les questions que nous.

Dans l’intro du podcast des Chichas de la pensée, vous parlez d’une “génération qui crie”, pour quelle raison ?

Mehdi : Aujourd’hui, quand on allume la télévision, le racisme est là, la violence est là, le bruit ambiant est dégueulasse. Et nous on se débat là dedans au milieu de ce bruit là.

Et nous notre but, ce n’est pas de faire du bruit sur du bruit, d’ajouter des cris aux cris, mais plutôt de créer des espaces où notre génération, les artistes d’aujourd’hui, les gens qui nous ressemblent ont la possibilité de s’exprimer et non pas de répondre à cette violence qu’ils reçoivent. Ce festival, c’est une sorte de contre-proposition, une contre-programmation aux chaînes d’info, aux débats politiques, aux violences systémiques.

Badrou : Forcément, on peut être tentés de réagir, d’être dans la réaction. Mais il y a un mot plus intéressant, qui est un anagramme de “réaction”, c’est celui de “création”. La création, c’est ce moment où tu retournes la violence dans laquelle on veut t’enfermer et que d’un coup, tu transcendes l’image que l’on donne de toi, et l’idée que toi-même tu peux avoir de ce que tu représentes, pour pouvoir politiquement changer les choses. La création, c’est ce qui permet le changement politique, on en est convaincus. 

« Il y a un mot plus intéressant que « réaction », qui en est un anagramme, c’est celui de “création”. »

Dans un pays comme la France qui a du mal à comprendre ses enfants multiculturels, transclasses aussi, est-ce qu’on sortira de ce festival avec des outils, de nouvelles images, de nouveaux mots, de nouvelles stratégies pour mieux faire comprendre cette sociologie à tout le pays ?

Badrou : Les premiers outils, ce seront des armes, des armes intellectuelles : des œuvres d’artistes, des livres aussi, qu’on trouvera dans un espace animé par le libraire Dealeur de livres de Saint-Denis, grâce à la présence de Françoise Vergès et Seumboy qui présenteront leur nouveau livre sur la violence coloniale dans l’espace public, également grâce à des tables rondes avec des éditrices indépendantes qui ne sont que des femmes racisées, qui se questionnent sur comment faire évoluer le paysage culturel français dominant, … Il y aura aussi une programmation cinéma, des masterclass, des conférences.

Mehdi : Je ne sais pas comment on ressortira de cette expérience. En tout cas, ce qu’on va remarquer je pense, c’est que les artistes présentés dans le festival avaient quelque chose d’important à raconter, et qu’ils et elles ont pu le faire grâce à cet espace qu’est l’art. Peut-être qu’en ressortant du festival, que des lycéen.ne.s ou des collégien.ne.s se diront que c’est possible de faire de l’art, que c’est possible de faire du cinéma etc. Et nous, c’est peut être ce qui nous a sauvés, finalement. Il y a une vraie démarche militante et politique derrière ce festival, le fait qu’il soit en accès libre aussi.

Est-ce que demain, le discours porté par ce festival pourrait devenir le discours dominant ? Est-ce que vous voyez un chemin pour normaliser les idées qui sont portées par ce festival ?

Badrou : Je pense que oui, parce que dans d’autres pays, comme au Canada, en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis, ces paroles là qu’on disait “émergentes” ou “alternatives” avec pas mal de mépris, eh bien ces cultures-là sont devenues des cultures, dominantes n’est pas le bon mot, mais incontournables. Pas seulement parce que c’était des jeunes, des noirs ou des arabes qui portaient ces discours, mais c’est surtout parce qu’ils et elles avaient des choses nouvelles, pertinentes, au bon endroit, à raconter sur le monde. 

Donc oui, je pense que, malgré les différences culturelles, ça peut prendre ce chemin-là aussi en France, quand bien même à court terme on a énormément de raisons de désespérer mais on appartient quand même à une génération qui, sans parler de partis politiques, est politiquement très engagée, sur les questions tant sociales qu’écologiques. Donc oui, je pense que demain ces idées peuvent devenir incontournables.

« Dans d’autres pays, ces paroles là qu’on disait “émergentes” ou “alternatives” avec pas mal de mépris, eh bien ces cultures là sont devenues des cultures incontournables. » 

Pour faire le plein d’idées, rendez-vous aux Magasins Généraux à Pantin tout ce weekend :

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