Carte blanche à Fatima-Zahra Farahate : « Reconnecter avec nos traditions magiques nord-africaines »

zakaria wakrim

Partager l’article

Cette semaine, on inaugure un nouveau format : les cartes blanches. Des récits à la première personne, pour creuser des sujets que vous connaissez bien, qui vous tiennent à cœur, et à partir desquelles vous créez des choses.

Pour la première édition, nous avons invité Fatima-Zahra, astrologue marocaine de la chaîne Youtube Living Simplyy, pour nous parler de son rapport aux traditions magiques de son pays.

Pour proposer un sujet, rendez-vous sur le formulaire de contact.whats

Place à la carte blanche désorientale de Fatima-Zahra !

 

Reconnecter avec nos traditions magiques nord-africaines

Il suffit d’une recherche Google magie + Maroc pour se rendre compte des connotations négatives liées aux traditions magiques marocaines : sorcellerie, magie noire, sacrifices, culte du Diable, envoûtements … Tous les articles et individus réducteurs et fallacieux s’acharnent sur la tradition magique nord-africaine ou plus particulièrement la « sorcière marocaine », sans jamais tenter un regard plus historique, ethnologique, féministe, ethnographique ou encore psychologique.

fatima zahra farahate a chamharouch photo prise par mehdi sabik
Fatima-Zahra Farahate à Chamharouch. Crédit photo : Mehdi Sabik

Je suis Fatima-Zahra Farahate, astrologue marocaine et créatrice de contenu ésotérique actuellement basée à Paris. À 12 ans, entre un épisode de Xéna la Guerrière, un numéro des W.i.t.c.h Club et un documentaire sur les momies égyptiennes, je rêvais de devenir archéologue, ou d’avoir des super pouvoirs. Au choix. Mes parents, tous deux rationnels dans leur vision du monde, ont toujours perçu la magie comme quelque chose de bien réel mais qu’il est préférable d’éviter. Les membres de ma famille, souvent les femmes, m’ont mise en garde contre le fait de manger un plat préparé par une personne qui pourrait me vouloir du mal, ou de laisser des cheveux ou bien des ongles traîner.

C’est cette même appréhension face à la magie que j’ai pu percevoir auprès de l’intelligentsia du pays, peu importe l’âge. La magie est fantasmée, discutée, crainte… mais jamais vraiment étudiée et mise au clair. Quant à la sorcière, elle est assimilée à un être du secret, au diable, aux monstres, à la nuit, au mal. Et face à elle, vient se positionner, naturellement, l’homme pieux, le héros, le progrès, la science, la religion, le bien.

Issue d’un pays de métissage culturel, et héritière d’une lignée de femmes guérisseuses, créatives et nourricières, se réapproprier l’histoire de la magie de mon pays est un combat pour toutes les femmes, afin de leur permettre de retrouver leur force. À l’heure du renouveau féministe et de l’ère du développement personnel 2.0, ce combat est pour moi une fierté, et une source intarissable de découvertes. Car changer de regard sur la sorcellerie au Maroc, c’est se réapproprier notre riche patrimoine culturel, faire la paix avec un pan omniprésent de l’Histoire de l’Afrique du Nord, et accepter de se voir différemment.

La magie, au pays du soleil couchant

La magie est un ensemble de pratiques fondées sur la croyance en l’existence d’êtres, de pouvoirs et de forces qui nous dépassent, et qui nous permettent d’agir sur le monde par le biais de rituels spécifiques. Le magicien, selon ses valeurs, ses intentions et ses désirs, peut utiliser de la magie dite « noire », de la magie dite « blanche » ou un mélange des deux. Dans toutes les cultures, la magie est présente. Que cela soit à travers l’oracle ou le devin du village, le chaman de la tribu, le guérisseur, l’ascète, la sage-femme, le moine ou encore le sorcier.

Au Maroc, on parle de « sehhar » (sorcier) ou « sehhara » (sorcière). « Sihr » en arabe classique vient du verbe « Sahara » qui veut dire « quelque chose qui s’impose au regard jusqu’à ce que celui qui regarde croie que ce qu’il voit est réel ».

 « Sihr » en arabe classique vient du verbe « Sahara » qui veut dire « quelque chose qui s’impose au regard jusqu’à ce que celui qui regarde croie que ce qu’il voit est réel ».

Selon moi, tout le monde naît magicien et fait de la magie au quotidien (qu’il en soit conscient ou non). On devient « sorcier », quand on prend conscience de cette magie qui s’opère au quotidien, et qu’on la dirige. La transmission du savoir magique prend donc du temps, et se fait principalement sur le terrain, à travers l’expérience directe du divin, également appelé « Henosis » (unité, union) ou « Entheos » (être inspiré, possédé, rempli de divin). Il est donc judicieux de noter qu’on ne naît pas sorcière (ou sorcier), on le devient !

Au Maroc, on nous apprend dès notre plus jeune âge que la magie ne peut être que deux choses : magie noire, diabolique, destructrice et négative ; ou bien charlatanisme et superstitions sans fondement scientifique ni logique. Il est intéressant de noter qu’avec l’ignorance, la pauvreté, la perte du savoir ésotérique au fil des âges ainsi que la crise identitaire que beaucoup de personnes vivent face à la multiculturalité du Maroc, beaucoup de pseudo-magiciens tombent en effet dans une utilisation erronée et polarisée de ces pratiques. Je parle notamment des sacrifices ou mutilations d’animaux, du « maraboutage », du pillage de tombes… qui sont des pratiques, malheureusement, bel et bien existantes.

Malgré ces dérives, ou plutôt à cause de ces dérives, il est plus qu’urgent de comprendre l’histoire des traditions magiques et de les revaloriser afin de mieux les encadrer. Car tout comme il ne faut pas faire d’amalgame entre islam et terrorisme, il ne faut pas faire d’amalgame entre « magie » et manipulation ou mauvaise interprétation de celle-ci. Chose beaucoup plus simple à dire, qu’à faire.

Une brève histoire de la magie au Maroc

Les dogmatiques, les religieux et les extrémistes, tout comme les sceptiques, les pragmatiques et les rationnels crient au diable et à l’obscurantisme dès qu’on parle de magie. Pourtant, qu’on y croit ou non, la magie a toujours fait partie intégrante de nos sociétés. Ainsi, l’irrationnel et les pratiques occultes font partie de l’ADN-même du Maroc, et jouent un rôle fondamental dans la psychologie du Nord-Africain et dans l’inconscient collectif de la diaspora.

Le Maroc a connu un long processus d’assimilation, par vagues successives, de données métaphysiques, de cosmogonies, de connaissances de la faune et de la flore, d’herboristerie et applications médicinales et magiques, de correspondances … La durée et la nature (échanges commerciaux, invasions, guerres …) des contacts avec les cultures d’emprunt ont déterminé la profondeur et l’intensité de ces empreintes.

Depuis les temps immémoriaux, le Maroc a fasciné les imaginaires, donnant naissance à une myriade de légendes et de mythes chez les Grecs notamment : que ce soit le jardin des Hespérides situé à Lixus, entre Tanger et Larache ; le titan Atlas condamné à porter la voûte céleste sur ses épaules jusqu’à la fin des temps et pétrifié par Persée par la tête de Méduse donnant naissance à la célèbre chaîne de montagnes de l’Atlas ; Ulysse qui y passe sept ans après son naufrage ; Hercule qui fend en deux une montagne entre l’Espagne et le Maroc, créant ainsi le détroit de Gibraltar … 

credit the metropolitan museum of art copyright https creativecommons.org publicdomain zero 1.0
Crédit image : The Metropolitan Museum of Art, Creative Commons

Les premiers habitants autochtones du Maroc sont appelés « Libyens », « Gétules » ou encore « Berbères ». Le mot « berbère », au passage, est un mot extrêmement péjoratif qui a été donné par les Européens qui voyaient les peuples de l’Afrique et du Maghreb comme des barbares. Les peuples libyques étaient, en tout cas, connus pour leurs qualités militaires exceptionnelles. Cela en a fait des mercenaires prisés par le pharaon égyptien Ramsès II (1301 – 1235). Cette interaction durable entre l’Afrique du Nord et l’Égypte Antique explique différents apports entre panthéon égyptien et panthéon berbère. Parmi les traces de cette empreinte, la persistance du culte du bélier et du taureau en Tunisie, en Algérie et au Maroc. Ce culte se pratiquait à travers différents rituels comme les grands festivals du printemps, et les divinités comme le dieu Bal-Hamon ou la déesse Tannit y avaient une place centrale.

À cette période, et jusqu’à nos jours, les femmes jouent un rôle central dans la transmission des savoirs magiques. Procope de Césarée, historien byzantin, racontait que « chez eux, il n’est pas permis aux hommes de prédire l’avenir ; ce sont les femmes qui, après avoir accompli certaines cérémonies, remplies de l’esprit divin comme les anciennes pythonisses, ont le privilège de dévoiler les événements futurs. ».

Autre apport à la magie marocaine, la présence juive en Afrique du Nord, qui date de l’époque du Second Temple de Jérusalem (-510-70 ap. J.C). Dans un contexte de convergence et de dialogue socio-économique et culturel, une identité magique judéo-marocaine s’est forgée au fil des temps, riche de spiritualité kabbalistique et d’apports multiples : hébraïques, arabes, berbères, castillans … Des siècles plus tard, avec l’avènement des Arabes et de l’islam comme idéologie pour unifier et uniformiser les cultures libyennes, le riche panthéon berbère et les rituels préislamiques tombent dans l’oubli au fur et à mesure. L’historien Yves Modéran explique : « c’est Idris le Grand… qui, en se proclamant souverain du Maghreb, vint y effacer les dernières traces des différentes religions et confessions qui avaient subsisté (après l’islamisation). ».

tahala region du souss. femmes juives en costume traditionnel. credit collection sarah assidon pinson © adagp paris 2020
Tahala, région du Souss. Femmes juives en costume traditionnel. Crédit photo : Collection Sarah Assidon-Pinson © Adagp, Paris, 2020

Selon le point de vue orthodoxe islamique, la sorcellerie est illicite, bien qu’une ambiguïté existe par rapport au « fqih » qui joue un rôle de guérisseur pour les musulmans marocains, et qui pratique principalement des exorcismes, des bénédictions et des purifications. En effet, l’utilisation de formules pour guérir comme pour prévenir, les incantations ou les cérémonies par exemple est courant et tout à fait autorisé par la tradition prophétique : le prophète de l’islam lui-même méditait, pratiquait ce qu’on qualifierait aujourd’hui de médecine énergétique, utilisait la lithothérapie et les éléments pour leurs vertus purifiantes … Toutefois, toutes ces pratiques du Prophète et les Saints étaient faites en invoquant Dieu comme source de bénédiction et de pouvoir.

Ce qui a donc formellement été interdit par l’islam, ce n’est donc pas les pratiques magiques en elles-mêmes mais le fait de s’attribuer des pouvoirs divins, ou de faire appel à des entités autres que Dieu lors de la pratique magique. Dans son ouvrage Magie et religion dans l’Afrique du Nord, le sociologue Edmond Doutte parle de la division implicite créée par les Arabes, entre la magie licite, basée sur le Coran et ses versets, et la magie illicite, qui n’est interdite que parce qu’elle n’est pas exercée au nom de Dieu. Pourtant, au sein de la structure sociétale de l’époque, et de l’Islamisation des traditions, la magie est petit à petit devenue synonyme du mal, et surtout… de la Femme.

On ne peut pas parler de diabolisation des femmes durant l’arabisation de l’Afrique du Nord sans mentionner la Kahina, femme-symbole qui est entrée dans la légende et continue d’inspirer et de motiver les contemporains, et notamment les luttes amazigh nord-africaines. En effet, durant l’expansion des corps expéditionnaires arabes, ces derniers ont essuyé de lourdes défaites face aux tribus berbères, dont les Amazigh de l’Aurès qui les obligèrent à se replier pendant des dizaines d’années. Les Berbères étaient alors commandés par une femme. De cette reine guerrière, on retient aujourd’hui un surnom que les Arabes lui ont donné : Kahina, ou Dihya, autrement dit, la « prophétesse », la « prêtresse » ou encore la « sorcière ». Ce surnom, à lui seul, montre comment les Arabes ont diabolisé cette femme, qui est devenue tantôt diseuse de bonne aventure, tantôt possédée par des démons… pour la simple raison qu’ils ne pouvaient accepter être mis en échec par le « sexe faible ».

L’installation définitive de l’islam en terre libyenne a rapproché les régions et les unifié les tribus à travers une langue unique, l’adhésion à des valeurs et codes communs ; en créant un immense champ d’échanges entre le Maghreb, le Moyen-Orient et les confins méridionaux du Sahara. Cela créa une nouvelle couche qui permit à une magie plus cérémoniale de voir le jour, inspirée des sortilèges, des carrés magiques, de la numérologie et de l’astrologie arabe. Simultanément, l’égrégore de « la sorcière maléfique » grandit dans l’inconscient collectif : la magie, bien que toujours aussi présente, était maintenant interdite car assimilée à de l’hérésie. La sorcellerie devient taboue, et source de honte ou de représailles.

À partir du XIIIe siècle, le Maroc connaît un renouveau spirituel et intellectuel, avec notamment la multiplication des « zawiyas », des espaces d’apprentissage, de rassemblement et de dévotion, mais aussi refuge pour les ermites et les dévots. Ces « monastères » marocains étaient fondés autour de confréries mystiques soufies, dont la Qadiriyya, la Rifa’iyya, la Boutchichia, ou encore la Cherkaouia. Ces voies spirituelles avaient (et ont encore pour certaines, encore actives) pour but d’aller du temporel vers l’éternel, insufflant à la magie marocaine un nouveau paradigme en introduisant des notions comme la lecture symbolique, les envolées mystiques, la méditation, le « dikr » (évocation) ou encore l’ascétisme.

zakaria wakrim 1
crédit photo : Zakaria Wakrim

Plus récemment, durant la colonisation française, le regard euro-centré qui jugeant le Marocain comme inférieur et le labellisant comme « barbare », « sauvage », « illettré » ou encore « charlatan », a poussé les Marocains à encore plus de haine envers leur propre culture, leur propre héritage, leurs propres femmes. On voit alors surgir une réelle mythologisation des sorcières. On peut citer notamment l’histoire d’Aïcha Kandicha, qui est, selon la légende urbaine, une fée / ogresse qui hante certains lieux la nuit et peut posséder les hommes vagabonds. Des indices montrent que ce mythe est issu de l’histoire de la « condessa » (comtesse en portugais) qui se serait opposé face à la colonisation portugaise à Mazagan (actuelle ville d’El Jadida) en usant de ses charmes pour attirer les soldats portugais et les tuer. Encore une fois, une femme insoumise assimilée au diable, dès lors qu’elle s’est montrée maîtresse de son propre destin.

Ma sorcière bien-aimée : une métaphore féministe

Selon l’ethnologue Camille Lacoste-Dujardin, la magie est un contre-pouvoir, une stratégie de résistance. Au Maroc, cette notion de contre-pouvoir est d’autant plus importante que la majorité des rituels magiques sont réalisés par les femmes, comme un moyen de se protéger, de renverser les rapports de domination, de regagner un certain pouvoir. Symbole subversif du combat féministe, l’archétype de la sorcière est aujourd’hui plus que jamais présent. Tantôt dérangeante, car elle bouscule l’ordre établi ; tantôt fantasmée, car assimilée à la femme fatale sur-sexualisée, la figure de la sorcière questionne notre rapport au monde, aux autres, au corps, à la nature.

Loin du folklore et des stéréotypes, les sorcières sont porteuses d’un savoir ancestral, riche et complexe qui aide le monde à avancer. Mat Auryn, auteur de Psychic Witch : A Metaphysical Guide to Meditation, Magick & Manifestation décrit la sorcière comme une femme qui « vit dans un état d’enchantement, voyant toutes choses comme magiques, et comprenant que l’univers est composé de possibilités et de potentiels infinis. La sorcière voit une porte là où les autres voient un mur. » Malgré cette belle définition, différents clichés collent à la peau de la femme sorcière, d’autant plus si elle est marocaine : néfaste, diabolique, malveillante, ignorante, anti-scientifique, superstitieuse… Le mot « sorcière » ou « sehhara » au Maroc, est d’ailleurs souvent utilisé comme synonyme de « mauvaise » ou de « femme de petite foi ».

Pourtant, la sorcière est une figure d’émancipation féminine. Depuis la création de la W.I.T.C.H (Women’s International Terrorist Conspiracy from Hell), un ensemble d’activistes féministes actifs aux Etats-Unis pendant les années 60, des femmes autour du globe ont eu le courage de s’autoproclamer sorcières et dépositaires de sagesse ancestrale, capables de changer l’ordre établi.

Pour Françoise d’Eaubonne, auteure du livre que je recommande vivement Le Sexocide des sorcières, la chasse aux sorcières du Moyen-Âge et de la Renaissance, qui a persécuté, massacré, brûlé, condamné et jugé des milliers de femmes à travers toute l’Europe (et dans bien d’autres continents), n’était qu’un fallacieux prétexte, non pas pour annihiler la sorcellerie, mais pour punir la femme. Surtout celles qui menacent les structures de pouvoir en place, qui vivent seules (sans la protection d’un mari, d’un fils ou d’un frère) ou qui n’étaient pas soumises à l’église. 

Aujourd’hui, des années après la chasse aux sorcières d’antan, la persécution de femmes continue. En Papouasie-Nouvelle-Guinée, en Arabie Saoudite, en Tanzanie, en Roumanie, au Népal, dans certains pays d’Afrique … Au Maroc, également, une femme libre fait peur. Une femme qui a du pouvoir fait peur. Bien que la pratique de la magie ne soit pas interdite par la loi per se, la sorcière, surtout si elle vient d’un milieu socio-économique fragile, est souvent la cible des policiers (en quête de pots-de-vin), des voisins, des religieux… qui peuvent les éjecter, les emprisonner voir les agresser, impunément.

La magie 2.0, vers un nouveau regard

Après le succès de films et séries comme The Craft, Charmed ou encore Sabrina, la sorcière est, plus que jamais, assimilée à une femme puissante, badass et indépendante. Les sorcières, autrefois brûlées et massacrées, sont aujourd’hui au-devant de la scène dans la pop-culture, et notamment sur les réseaux sociaux. Devenue une « valeur refuge » pour les millenials (la génération X née entre 1980 et 1996), la magie est un business lucratif pour certains, un mode de vie pour d’autres, ou encore un effet de mode qui rassure, relie et rassemble.

Si la magie connaît une grande phase de résurgence ces dernières années, c’est aussi parce que les humains, de manière générale, ont tendance à se tourner vers le divin en temps de doutes ou d’incertitude. La magie, le fait de contrôler, ou d’accepter l’incontrôlable, donne un sens et permet de retrouver une sensation de sécurité et de résilience.

La magie 2.0 encourage l’expression individuelle et l’indépendance de chacun. Pourtant, la magie mise en avant et célébrée est souvent « euro-centrée ». On parle de palo santo, du culte de Vénus, de tarot ou encore de méditation ; mais très peu de « ldoun », de « transe » ou de « bkhour », pratiques encore considérées comme peu « sexy ».

la magie mise en avant et célébrée est souvent « euro-centrée ». On parle de palo santo, du culte de Vénus, de tarot ou encore de méditation ; mais très peu de « ldoun », de « transe » ou de « bkhour »

Certes, la magie « racisée » fait un rebond ces dernières années, avec différents ouvrages, contenus ou hashtags à ce propos. On voit une réelle sororité entre des magiciennes issues de la même culture qui se battent afin de pouvoir honorer leurs femmes, leurs héritages, leurs cultures et leur mode de vie. Il suffit de rechercher #brujasofinstagram ou #voodoo pour se rendre compte comment les sorcières du monde ont pu se rallier autour d’une image plus créative, plus innovante et plus proche de leurs réelles valeurs.

Mais quid des magiciennes marocaines ? Beaucoup trop de jugement, d’ignorance et de honte face à ce rôle subsistent dans l’inconscient collectif, peu importe l’âge, le sexe ou l’origine socio-économique. Je me permets tout de même de rêver : aurons-nous un jour une plateforme, un mouvement commun, une communauté #moroccanwitches ou #sehharates ? Pour non seulement s’accepter et d’auto-proclamer comme magiciennes, mais aussi partager et documenter les savoirs, choisir quelle représentation on fait de nous, s’encourager à enrichir nos traditions et s’éloigner de l’ignorance et de l’obscurantisme.

motif khamsa fatima zahra farahate
Motif Khamsa, Fatima-Zahra Farahate

Dans un monde en mal de spiritualité, la sorcière, ce n’est pas la personne que vous imaginez avec un chapeau pointu et un nez crochu qui complote avec ses démons afin de vous nuire. La sorcière, c’est votre maman qui chante avec amour en cuisinant votre plat préféré, c’est votre tante qui vous prépare une tisane à base d’herbes pour alléger vos douleurs menstruelles, c’est votre amie qui commente « CANON » sous chacune de vos photos ou qui vous prend dans ses bras quand vous allez mal, c’est votre voisine qui vous sourit et vous embrasse chaleureusement dès qu’elle vous voit. La sorcière, c’est vous, c’est moi.

 

La sorcière, c’est votre maman qui chante avec amour en cuisinant votre plat préféré, c’est votre tante qui vous prépare une tisane à base d’herbes pour alléger vos douleurs menstruelles, c’est votre amie qui commente « CANON » sous chacune de vos photos ou qui vous prend dans ses bras quand vous allez mal.

 

living simplyy

Suivre Fatima-Zahra :

crédit photo de couverture : Zakaria Wakrim

Sources :

  • Procope de Césarée, Histoire de la Guerre des Vandales, t. II, Paris, Firmin Didot, 1852, chap. VIII, p. 3
  • Yves Modéran, Les Maures et l’Afrique romaine (IVe-VIIe siècle), Publications de l’École française de Rome, 22 mai 2013, p. 199
  • Aïcha dans Boukhari et Mouslim : « Chaque nuit, lorsque le Prophète allait se coucher, il joignait les paumes de ses mains puis soufflait dedans et récitait les sourates al-Ikhlâs (Le Monothéisme Pur) et les deux sourates al-Falaq (L’Aube Naissante) et al-Nâs (Les Hommes). Ensuite, il passait les mains sur son corps autant que possible, en partant de la tête et du visage puis la partie antérieure de son corps. Il faisait cela trois fois. »
  • Lacoste-DujardinCamille. La vaillance des femmes. Relations entre femmes et hommes berbères de Kabylie. La Découverte, coll. « textes à l’appui », 164 p.

 

Pour aller plus loin : 

Doutte Edmond (1984), Magie et religion dans l’Afrique du Nord. P. Geuthner, 617 p.

-Hagenbucher Sacripanti Frank. (1977). Éléments de magie et de sorcellerie chez les Arabes d’Afrique Centrale. Cahiers ORSTOM. Série Sciences Humaines, 14 (3), 251-288. ISSN 0008-0403

Abitbol Michel. (2009). Histoire du Maroc. Paris : Éditions Perrin, 673 p.

Godefroy Aurélie. (2019). Toutes des sorcières : 60 rituels sacrés pour se reconnecter à sa puissance féminine. Éditions Larousse, 208 p.

Chabrillac, Odile. (2019). Âme de sorcière : ou la magie du féminin. Pocket, 282 p.

Zafrani Haïm. (1999). Deux mille ans de vie juive au Maroc. Maisonneuve & Larose, 325 p.

D’Eaubonne Françoise. (1999). Le Sexocide des sorcières, Femmes dans le contexte de la misogynie fondamentale du christianisme. L’esprit frappeur, 172 p.

-Pour l’étymologie et la définition des mots arabes : Lisan Al Arab, Dictionnaire encyclopédique arabe.

ça t'a plu ?

Fais-donc tourner !

Inscris-toi à la newsletter pour ta dose hebdo d’inspiration 100% métèque

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *