Yacine Belhousse, l’humoriste partout chez lui

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On a découvert Yacine Belhousse avec la première saison du Jamel Comedy Club. Stand-upper, comédien au théâtre et au cinéma, il a aussi participé à plusieurs webséries dont Bref, Inside Jamel Comedy Club ou encore le Trône des Frogz.

Son documentaire Voulez-vous rire avec moi ce soir ? sur la comédie dans le monde est actuellement diffusé sur Netflix.

Dans l’entretien qui suit, on a parlé d’identité, de multiculturalité et d’autres sujets désorientaux à souhait !

Désoriental : Tu réponds quoi quand on te demande : “Tu viens d’où ?”

Yacine Belhousse : J’adore la question, parce qu’elle est super importante mais hyper compliquée !

J’ai encore du mal à y répondre. Je dirais que je viens du 93, c’est là que j’ai grandi et que j’habite. La Seine-Saint-Denis à été un dénominateur commun de toutes les périodes de ma vie je crois. La banlieue parisienne des années 90 c’est une photographie temporelle qui me parle beaucoup.

Je sais que cette question fait souvent référence aux origines “étrangères” des parents et pendant longtemps je me suis braqué parce que — qu’est ce que ça change ? –

La question des origines est une question que je trouve normale et à la fois brutale, voire super reloue.Bizarrement, on me l’a plus posée à Paris et ailleurs, qu’en banlieue.

On dirait que les gens essaient de mettre les origines des autres en perspective avec leurs préjugés. Comme s’ils voulaient gagner du temps en mettant sur toi les idées qu’ils se font de tel ou tel groupe. Et en même temps je peux comprendre cette curiosité.

C’est pour ça que je trouve la question compliquée. Aujourd’hui je coupe court à une conversation trop longue, je donne juste mon label, français d’origine algérienne. Ça marche mais c’est loin d’être aussi simple à mon avis.

Désoriental : Ton dernier documentaire “Voulez-vous rire avec moi ce soir ?” est un tour du monde de l’humour. Quel est le message que tu veux passer ?

Y.B : J’aime vraiment beaucoup les blagues. Le stand-up est une super forme d’humour et j’ai voulu lui rendre hommage en proposant en plus de ça le plaisir du voyage.

L’idée, c’était de casser un peu les idées reçues sur les comiques étrangers. J’en avais plein moi-même mais en voyageant, tous ces préjugés se sont envolés, on se rend compte qu’on est tous les mêmes humains. Je sais que ça fait hippie de dire ça mais je le pense, on a juste des habitudes différentes, des cultures nationales ou régionales voire familiales qui façonnent des identités différentes mais la base est la même, cette base peut nous rassembler.

C’est bien d’essayer d’entrevoir ce qui nous rassemble quelques fois, et la comédie est clairement quelque chose qui peut rassembler les humains je pense, elle est un vecteur de réflexions, de points de vues, et un catalyseur d’énergie positive, qui lui donne un grand pouvoir.

Truc marrant : j’ai appris qu’en Russie la chorba c’est une soupe hyper commune et classique que tout le monde connaît à Moscou, et que pour les Russes, la chorba, c’est russe !

Désoriental : Est-ce que tes parents t’ont transmis des choses de leur(s) culture(s) ?

Y.B : Mes deux parents sont nés en Algérie mais ont grandi en France. Ils m’ont évidemment transmis pleins de trucs mais est-ce que je saurais bien les décrire ?

Je ne saurais pas le dire précisément, mais je pense qu’une attitude qu’ils m’ont transmise serait d’appréhender la culture avec une certaine ouverture d’esprit.

Pour donner un exemple, j’ai grandi en écoutant la musique de Jacques Brel et Farid El Atrash, on passait de l’un à l’autre en y insérant Michael Jackson et des sketchs de Coluche sans transition.

Désoriental : Est-ce qu’il y a une ou plusieurs expériences “madeleines de Proust” qui te connectent à tes racines ?

Y.B : Je dirais certains plats comme la chakchouka,

Le parc de la Courneuve où j’allais que j’étais petit,

La Cité de la peur,

Renaud,

Fellag,

Les Nuls.

Désoriental : La scène stand-up et culturelle française actuelle est remplie de provinciaux (ou Belges ou Suisses !), banlieusard.e.s, enfants d’immigrés, personnes queer, … Comment expliquer cela selon toi ? Le fait de venir des “marges” nourrit-il une urgence de s’exprimer, un certain regard ?

Y.B : Je n’ai pas d’explication précise, il faudrait poser la question à des sociologues et des cerveaux haha ! Je me sens démuni face à cette grande question, mais je pense que ces groupes qui étaient en marge commencent à grandir et ont de plus en plus de pouvoir. Ils prennent donc plus de place naturellement, on les voit plus.

Il y a aussi une transmission grâce aux formations que les anciens donnent aux nouveaux (par exemple avec l’école Kourtrajmé ou le Barbès Comedy Club). Les plus expérimentés ouvrent des portes petit à petit.

Les minorités sont nombreuses et les combats pour qu’elles soient plus reconnues et respectées ne datent pas d’hier. Ces efforts ont permis d’avoir plus de diversité et d’égalité qu’il y a vingt ans je pense, avec le Jamel Comedy Club par exemple. et il y a bien-sûr encore énormément de marge on peut bien-sûr faire beaucoup, beaucoup mieux.

Mais les choses changent un peu je trouve, ne serait-ce que grâce à la prise de parole sur internet. Et la newsletter Désoriental en est un exemple. Nous pouvons tous nous exprimer grâce à Youtube, aux podcasts, à Instagram.

Par exemple voir Mouloud Achour présenter un show chaque soir sur Canal+, moi ça me fait plaisir, d’abord parce qu’il est bon, et ensuite pour ce qu’il représente et pour les artistes à qui il donne sa confiance et la parole.

Désoriental : Merci d’avoir partagé tout cela avec nous Yacine. Où peut-on te retrouver en ce moment ?

Y.B : Sur Netflix : mon documentaire s’appelle Voulez-vous rire avec moi ce soir ?

Sur scène : je joue mon spectacle à Paris et en tournée dans toute la France.

En ligne, sur Instagram.

Désoriental : Chez Désoriental, on dit que nous sommes pluriel.le.s … alors pour conclure, comment te définirais tu, en quelques mots ?

Y.B : Humaniste,

Auteur,

Gourmand,

Énergique,

Timide,

Et qui ne sait pas faire de portrait de lui-même en quelques mots 😉

crédit photo : Martin Lagardère

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