La fête de Noël est un peu perse, égyptienne et turque !

saint bishoy egypt

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Méfions-nous de cette fête que l’on croit si bien connaître. Noël ne serait-il pas un peu … métèque ? Pour cette dernière newsletter de 2020, Désoriental t’emmène explorer les syncrétismes autour de la fête Noël : une fête entre sacré et profane, aux racines monothéistes et païennes, avec une date un peu perse, un sapin un peu égyptien, et un Père Noël un peu turc !

25 décembre : la date de Noël est un peu perse

Historiquement, la fête chrétienne de la naissance de Jésus n’a été fixée au 25 décembre qu’au IVe siècle. Le pape Liberius, pragmatique, choisit cette date pour la faire coïncider avec d’anciennes fêtes païennes et ainsi ne pas trop heurter les traditions existantes, afin de mieux faire adopter la nouvelle religion du Christ aux Romain.e.s.

Noël est synchronisé avec des fêtes païennes romaines liées au solstice d’hiver (moment à partir duquel les journées recommencent à s’allonger) : les Saturnales et les Sigillaires, où les maisons étaient décorées de branches et de couronnes de feuillages et où les enfants recevaient des cadeaux ; et surtout synchronisé avec la fête du Sol Invictus déjà fixée un 25 décembre par l’empereur Aurélien quelques siècles plus tôt (le jour du solstice d’hiver, le 21 décembre, avec une erreur de quelques jours liée au nouveau calendrier julien).

Cette fête romaine de naissance du Soleil était elle-même héritée de la fête perse de Yalda, dédiée à la naissance de Mithra, déesse de la lumière éternelle dans plusieurs religions indo-perses antiques, symbole de la victoire face aux ténèbres. La déesse solaire perse est devenue un dieu au masculin dans le culte mithraïque romain. Yalda est toujours célébrée en Iran aujourd’hui.

Dans plusieurs traditions chrétiennes orientales, la date de Noël est différente du 25 décembre et tombe plutôt début janvier, comme au sein de l’Eglise apostolique arménienne (dont on retrouve les rites en Arménie, mais aussi en Irak ou encore en Egypte). En Arménie, on fête Sourp Tzenount début janvier, et c’est en réalité une célébration 2 en 1 qui comprend et la Nativité, et l’Épiphanie. Pour fêter un Noël de tradition syriaque (le 25 décembre), fais un tour sur cette newsletter Désoriental de décembre 2019, avec une messe de Noël parisienne en araméen dedans.

le Père Noël est un peu turc

Le père Noël que l’on connaît aujourd’hui est comme on le sait une adaptation always Coca-Cola de Saint-Nicolas.

Mais du coup au fait, c’est qui Saint-Nicolas ?

Tout simplement l’évêque byzantin Nicolas de Myre qui a vécu dans ce qui serait aujourd’hui la Turquie, et qui est mort en martyr le 6 décembre 343. Il aurait à sa mort, entre autres miracles, ressuscité des enfants tués par un boucher, ce pour quoi il est depuis le saint patron des enfants.

Mais des vieux monsieurs qui donnent des cadeaux aux gentil.le.s enfants une fois l’an, il y en a dans plusieurs traditions orientales : Hadji Firouz dans le monde perse (qui intervient à Norouz), Ayaz Ata (dieu hivernal) en Turquie et en Asie Centrale, ou encore Baba Aïchour au Maroc (autour de la fête d’Achoura).

Zoom sur Baba Aïchour

Si elle a petit à petit disparu et est aujourd’hui supplantée par le Noël globalisé dans les grandes villes, la fête d’Achoura marocaine recouvrait déjà les mêmes rituels que Noël : se réunir autour de bons repas en famille, s’entraider et offrir des cadeaux aux enfants.

Selon la légende, le vieux et bon sage Baba Aïchour frappait à chaque porte la veille d’Achoura pour récolter des présents auprès de chaque famille, qu’il distribuait ensuite aux enfants dans le besoin.

Il s’agit de la fête d’Achoura sunnite (car chez les chiites, Achoura a une toute autre signification), deux jours de jeûne et de fête qui commencent le 10 du premier mois du calendrier hégirien, qui célèbrent la sortie d’Egypte des enfants d’Israël, une reprise et variante musulmane du Yom Kippour juif qui lui aussi tombe le dixième jour de l’année.

le sapin de Noël est un peu égyptien

Plusieurs légendes existent autour des origines du sapin de Noël tel qu’on le connaît aujourd’hui. Parmi ces légendes, l’utilisation en Egypte d’arbres à feuilles persistantes, symboles de vie éternelle, pour orner les tombeaux des morts et les accompagner dans leur voyage sans retour.

Cette symbolique aurait connu un renouveau avec le protestantisme, qui rejetait alors l’abondance de représentations iconographiques dans le catholicisme, notamment la crèche et les santons au moment de Noël. Ainsi, des arbres de Noël illuminés de bougies sont venus se substituer aux crèches catholiques, pour symboliser l’espoir d’une lumière à venir au cœur de l’hiver.

Et puis on trouve aussi en Allemagne des pyramides de Noël en bois comme décorations traditionnelles depuis le Moyen-Age. Coïncidence ? … 🙂

pour finir, un peu de magie de Noël made in South-Méditerrannée

Après ces syncrétismes et rites anciens, voici un mélange métèque plus moderne autour de Noël, des pulls moches de Noël + l’air de jingle bells accompagné de derbouka dans ce fabuleux clip de Noël de la marque franco-tunisienne Lyoum – Spicy Christmas :

Sur cette note épicée, joyeux Noël(s) et à l’année prochaine sur Désoriental !

crédit photo : Eglise Saint Bishoy par Al Masry Al Youm

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