5 films sur la guerre d’Algérie

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Le rapport Stora sur la mémoire de la guerre d’Algérie et de la colonisation est sorti aujourd’hui. Plusieurs générations après “les événements”, les traumas de la guerre d’Algérie restent encore tabou, coincés entre des mémoires concurrentes.

Parmi les propositions du rapport, celle de faire entrer l’avocate et militante anticolonialiste Gisèle Halimi au Panthéon et faire de la page décolonialiste de notre histoire une fierté nationale. Si cette perspective t’enchante ou te questionne, tu peux retrouver sur cette page les huits portraits de la série “Panthéon Décolonial” proposée l’été dernier sur Désoriental.

Un mot sur l’auteur du rapport : Benjamin Stora est un Français aux “pieds noirs”, historien habité par la question de notre identité française en contexte post-colonial. Il parle dans cette interview sur ARTE du hirak algérien, de comment il a vécu le départ d’Algérie, et du fait que sa quête de justice mémorielle et de vivre-ensemble est nourrie non seulement de son histoire franco-algérienne, mais aussi de sa trajectoire de transclasse.

On te propose cette semaine de te nourrir sur la question autrement, par des récits subjectifs à regarder, avec cette sélection de cinq films et documentaires sur la guerre d’Algérie et ses conséquences en France aujourd’hui.

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1. Le Vent des Aurès (1966)

Un film du réalisateur algérien Mohammed Lakhdar-Hamina sur la guerre d’indépendance, primé à Cannes en 1967. 

À noter : le scénario du film est signé de Tewfik Farès, cinéaste algérien qui a accompagné avec ses œuvres une sociologie de l’immigration maghrébine en France sur plusieurs décennies : la guerre d’Algérie avec ce film, les travailleurs immigrés, le regroupement familial et l’arrivée d’une “deuxième génération” avec l’émission multilingue Mosaïque de 1977 à 1987, les premières revendications antiracistes avec ses quatre documentaires sur les marches pour l’égalité et contre le racisme de 1983, son émission de 1998 Opération Télé-Cité qui faisait découvrir de jeunes talents de banlieue par d’autres jeunes talents audiovisuels venus de banlieues. 

Petite digression, mais il fallait saluer le travail de ce pionnier de la représentation médiatique et de l’expression culturelle d’une France post-coloniale métissée !

2. La Bataille d’Alger (1966)

Un film multi-récompensé du réalisateur italien antifasciste et marxiste Gillo Pontecorvo. Une série audio de quatre épisodes de l’émission France Culture La Marche de l’histoire est dédiée au film.

Si on aime d’habitude chez Désoriental proposer des œuvres de personnes concernées par cette histoire (car en minorité, elles sont souvent invisibles et dépossédées de leurs récits), pour le coup ce qu’il y a d’intéressant dans ce film c’est justement que son auteur n’est absolument pas concerné ! Il apporte un point de vue extérieur au conflit et encore à chaud sur cette guerre d’indépendance / guerre d’Algérie (selon d’où on se place). 

Mention spéciale pour la manière de filmer les femmes algériennes dans leur puissance : elles se dévoilent, se teignent les cheveux et s’habillent à l’occidentale … non pas pour “s’émanciper” mais pour poser des bombes et résister à l’occupant ! Un regard anti-orientaliste assez rare pour le souligner. 

3. Le Coup de Sirocco (1979)

Un film quasi-autobiographique du réalisateur français d’origine juive-algérienne et hongroise Alexandre Arcady, avec Roger Hanin et le jeune Patrick Bruel. Il raconte le déchirement du départ forcé pour la métropole en 1962 des colons français et des Algériens juifs devenus Français, qui deviendront les “pieds noirs”

Toute l’œuvre d’Arcady est traversée par la nostalgie de l’Algérie qu’il a connue enfant, y compris son “Parrain” version juive pieds-noirs, Le Grand pardon !

4. Harkis (2006)

Un téléfilm avec Leïla Bekhti et Smaïn du cinéaste français Alain Tasma, qui a réalisé plusieurs films sur les relations franco-algériennes. Le film est une adaptation du livre-témoignage Mon Père, ce harki de Dalila Kerchouche. 

Elle explique dans cette interview télé la nécessité qu’elle a eu de retracer l’histoire de ses parents pour se réapproprier et donner du sens à sa condition de française “harkie”, terme qu’elle a hérité de ses parents et qu’elle a subi comme une insulte depuis l’enfance sans aucune clé sur l’histoire liée à ce terme :

Cette condition, elle la raconte : les camps, les bidonvilles, la tutelle administrative, la violence de l’assimilation forcée, la psychiatrisation des personnes révoltées, …

5. Ici on noie les Algériens (2011)

Un documentaire de la cinéaste grenobloise Yasmina Adi, réalisé à l’occasion du cinquantenaire du massacre du 17 octobre 1961 à Paris, une “sanglante répression” reconnue en 2012 par l’ancien président de la République François Hollande. 

Une forme de documentaire intéressante, non commentée, qui reconstitue les événements avec un patchwork d’archives audiovisuelles et de propos de celles et ceux qui ont vécu l’événement. On sent la démarche d’une Française descendante de cette histoire, à la fois concernée par les conséquences de cette histoire et assez à distance des traumas pour tenter de la raconter et recueillir la parole des ancien.ne.s.

Ni repentance, ni victimisation, simplement multiplions les points de vue pour regarder cette histoire moche bien en face et, qui sait, c’est peut-être notre génération qui parviendra à digérer tout ça.

Bon visionnage !


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